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TEXTE
Aux intellectuels qui en jugent daprès la situation historique
dune oeuvre et ses affinités avec un courant principal,
lévolution du travail de Martinand ne manquera pas de paraître
déroutant. Voilà un créateur averti aussi bien
que quiconque de la remise en cause de fond en comble des catégories
artistiques et qui nhésite pas à se donner tout
simplement pour un sculpteur. Et comment donc des sculptures ! Alors
quà linstar du même tourment qui sest
emparé de la peinture durant ce siècle, non seulement
la sculpture mais lobjet lui-même a traversé des
crises successives qui, en même temps quelles lont
arraché à son socle où il trônait dans une
pose glorieuse et un éclairage solennel, de négation en
négation, lont dégagé de toute responsabilité
de signifier quelque chose, et surtout de " représenter
" ce pour quoi une sculpture passait jadis et que Martinand a "
de nouveau " laudace dévoquer : un visage, des
corps enlacés. Je dis " de nouveau ", eu égard
à ceux qui ont pensé que la figuration concrète
ne renaîtrait jamais de ses cendres, bien que pour sa part Martinand
ne se soit jamais départi de cette référence au
réel immédiat.
Cette référence, ni lui, ni ceux pour qui elle est source
directe démotion, nont besoin que je la justifie.
Ce besoin, cest peut-être lintellectuel que je suis,
en mal de voir partout le chambardement, la révolution, qui léprouve
Et sil est clair que Martinand nopère pas, pour son
compte, cette révolution de lobjet, laquelle nous a fait
passer dun modèle purement extérieur à lobjet
conceptuel tout cérébral, par les méandres de lobjet
surréaliste et bien dautres, il nen faut pas moins
un évident cou rage pour prôner un retour constant aux
principes, ce besoin maintes fois réaffirmé par lui de
" se battre en prise directe avec le matériau ". Quand
je montre mes choses à un critique parisien, me disait-il récemment,
je me fais limpression dune sorte de survivant de la préhistoire
qui sort de sa cambrousse. Et en effet, de son enracinement, de sa relation
à la terre, Gabriel Vartore rend compte : " Depuis dix ans,
Martinand vit en contact direct avec les sortilèges secrets de
la nature qui lémerveille : en témoignent ses mains
parfumées de fumier, brûlées de ciment ou piquées
dabeilles ". Pour aborder son oeuvre il est important de
savoir que son approche du monde est doublement manuelle : en tant que
maçon, forgeron, jardinier, et en tant que sculpteur. Ce dont
je témoigne à mon tour, ayant connu Martinand presque
à ses débuts, cest de lautre face, celle de
lhomme qui traduit, la précédente invoquée
étant celle de lhomme des hantises. Je témoigne
de lirrépressible impulsion initiale comme prélude,
en autodidacte pur, à ses premières réalisations.
En cela, en son don pour tirer parti presque immédiatement dun
matériau nouvellement rencontré, (les premières
sculptures métalliques ont déjà quelque chose d
achevé), on peut aussi parler du travail de forces
naturelles. Et cest en cela précisément que je trouve
lexplication à son goût de lunivers concret
plus haut évoqué,à cette propension à simmerger
dans la matière, je la trouve dans la ferveur quexprime
toute union intime dune nature réellement " artiste
"-la sienne - avec la nature du monde réel dont lartiste
est en droit dattendre, grâce â cet abandon, à
cette confiance dans linspiration de la matière. quelle
loriente et le détermine. Limagination ne se
lasse pas plus de concevoir que la matière de fournir déclare
à son propos Bernard Caburet. Union avec la matière qui
ne répugne pas à ce quelle a dultime, consommant
la noce jusquà la nécrose. Ainsi ce recours à
la terre du dernier sommeil comme je lai vu faire dans sa précédente
maison du Beaujolais (il venait de quitter le sombre mais pour moi fascinant
atelier du vieux quartier de Saint-Paul à Lyon et sémerveillant
visiblement des ressources de la terre nourricière !). Toute
une série détranges corps maigres aux nombreuses
facettes métalliques, comme momifiés, était étendue
à même le sol. Nétait attendu que linstant
propice de les enfouir, cest à dire après avoir
vaqué à satiété aux occupations potagères
qui le requéraient alors autant et davantage que la sculpture,
ceci afin que le temps accomplisse plus rapidement et plus parfaitement
son travail de corrosion en profondeur et de dégradation. Mais,
comme pour les fruits de la terre, le pourrissement nétait
pas définitif ! Il nétait quune étape,
programmée, préconçue quant à ses effets,
dans la fonction génératrice générale. Ces
corps devaient être, au bout de quelques mois (au printemps ?)
déterrés et rappelés à la vie, pour vivre
de cette vie plus intense quont en commun les oeuvres dart
et bien sûr les momies péruviennes par exemple - plusieurs
de ses sculptures assises, genoux repliés, visages ravagés
y font songer - parce quelles sont un corps et un message de linvisible.
Robert GUYON
Juillet 1978
Poète, essayiste, peintre. En 1964, la rencontre dAndré
Breton entraîne sa collaboration aux revues surréalistes
(La brèche, Larchibras). En l966, il fonde à Lyon
avec Bernard Caburet le groupe LEkart, qui mettra notamment à
son actif le placardage dune affiche (Décamérêve.
1967) où lon peut voir, dans le contexte surréaliste,
un des signes avant-coureurs les plus directs de Mai 68. Par la suite,
il participe avec ses amis lyonnais à des entreprises collectives
où il peut faire valoir en théoricien ou en joueur
son goût de la " dérive urbaine " et lintérêt
quil porte aux " signes " : Jeu de mai (1970), Jeu de
la jetée dombre (idem) : lexposition Armes et bagages
(Lyon 1975) dont il est en même temps un des organisateurs ; le
recueil La civilisation surréaliste (1976), conçu par
le groupe BLS (Bounoure). Collaborateur de ce groupe, R.G. a également
participé à des ex positions Phases. Ses activités
de peintre auxquelles il se consacre depuis 1968. ont abouti à
la création dobjets et de tableaux fluorescents, éclairés
à la " lumière noire ", analogue, daprès
lauteur, à celle de certaines illuminations intérieures.
Revues : La brèche. Larchibras. Bulletin de liaison surréaliste.
Surréalisme.
Catalogues :Phases,Lyon 1973 ; Bruxelles 1974 ; Armes et bagages,Lyon
1975.
Dictionnaire Général du Surréalisme et de ses environs
sous la direction dAdam Biro et de René Passeron.
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