| GÉRALD
MARTINAND CÔTÉ PEINTURE À lorigine de nombreuses compositions monumentales et de réalisations publiques,Gérald Martinand est en fait plus connu comme sculpteur,bien que des rencontres,il y a quelques années à Thonon aussi bien quà Evian,nous aient permis dapprécier une autre face de son talent. Car Gérald Martinand est aussi peintre, répétant à lenvi dune façon quasi obsessionnelle, de curieux graphismes sur des fonds indistincts où les couleurs sont distribuées avec parcimonie par une sorte de frottage, écriture qui relèverait de linnommable mais qui se révèle dune grande richesse. Car de la spontanéité du geste et des vibrations de la main, prend naissance un véritable mur de graffiti constituant un réseau de construction sensible et délicat. La composition repose sur une répartition très rationnelle, voire géométrique de cet ensemble de lignes tandis que du fouillis et de limbroglio des apparences naissent les éléments dune large fresque aux incessantes métamorphoses animées de la même pulsion. Ainsi surgissent des silhouettes familières, à la fois roc et eau ruisselante, cariatides soutenant le monde, issues du fond des temps, à lorigine de lhumanité, tout autant quexaspérées, masse de vie dans lenchevêtrement des linéaments, narrêtant pas de bouger, de se tortiller, pour mieux reculer dans leur apparente immobilité souveraine. Toutes en nerfs, souples, démangeaisons vivantes, génies dun monde sans scrupule, ces femmes échappent aux contingences de nos habitudes et de nos conventions ; elles ont lamour au ventre, des yeux changeants, un rire éclatant tandis quune ligne sinueuse court de lune à lautre, du visage au sexe, des bras aux jambes, disant tout sans quelles aient le moindre geste à faire, possédant ce que notre esprit ou notre coeur veulent bien leur prêter, la tendresse ou la colère, la méditation et limpulsivité, lart de vivre et lart de la récréation, saccommodant fort bien dun sourire, deffusion ou dune tendresse bucolique. II y a un aspect ludique dans cette démarche qui sait exploiter la photocopie couleur sur papier de faible grammage, délirer, avec désinvolture, superposer les lignes pour une relecture de limage. Maniériste, loeuvre graphique de Martinand évolue entre le précieux et le trouble, le pur et limpur, le distingué et le relâché, évoquant dans ses débordements des figures, rares, exquis voyages dans limaginaire. Cet art repose sur une parfaite maîtrise du trait, la ligne ne séchappant pas sur les chemins de la déformation ou de la caricature, même si sa précision se dirige vers le grotesque tels les masques carnavalesques dun James Ensor. Lon pourrait ainsi déceler une psychologie narquoise, un sens de labsurde à travers une imagination pétillante et malicieuse quand la fantaisie prend la forme dune aimable turquerie aux traits délicatement incisifs. Riche des expériences du passé et dune vitalité débordante, ces ingénieuses arabesques disent entre esquisse et rature, à la manière dun Arshile Gorky, dun Cy Twombly, voire dun Mark Tobey, le rythme et lordre de lunivers comme lénergie quil concentre dans ses créatures; nouveau regard proche de lextase accueillant au hasard des rencontres, la vitesse et lintensité, le choc et létrange. André DÉPRAZ Août 1996 Médecin Généraliste à Thonon-les-Bains durant près de 35 ans, André Depraz a pu, la retraite venue, sadonner à ses passions de la peinture et de lécriture. Outre ses propres réalisations picturales, une activité journalistique dune dizaine dannées et de plusieurs ouvrages sur des sujets fort variés,plus de 800 comptes-rendus dexposition,des préfaces de catalogue et deux livres sur lart soulignent lintérêt quil porte à ce sujet.
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