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ET PENSÉE DE LA CONTEMPORANÉITÉ. Quelle forme aujourdhui, à elle seule, pourrait définir la contemporanéité? Depuis les aventures anciennes de la peinture, et modernes - cette couleur osée par les fauves - et lavant - garde historique, et depuis Picasso, quinventent les peintres ? Depuis lavant - garde historique, quelle pensée révolutionnaire, sinon la résistance de lhomme aux effets humains et de la pensée dans les crises économiques, pourrait apporter aux créateurs lenthousiasme pour révolutionner les regards? Et ces regards qui, malgré ces révolutions, nont pas encore eu la possibilité daccepter ces formes. La théorie nous devance. La crise loublie. Nos regards refusent le difficile dimaginer notre imaginaire et notre grandeur dhomme possible, de nous transformer : cela nous est trop insupportable. Donc il y a la résistance de la pensée, la pensée qui résiste aux modes, aux marchés, à la facilité de devenir vedette, à la poudre aux yeux, à la mise au pli, au rappel à lordre. Cest en général la raison et la définition de la modernité. Il ne suffit pas de saisir le matériau moderne, lélectronique, la caméra, la vidéo, la photographie, pour être moderne. Dans cette saisie, il faut de la pensée. Celle - ci à laffût de la vie humaine et sa possibilité dimmensité, forcément avec les données des siècles avançant et inéluctablement progressant dans ces idées, permet alors limagination dans les formes de loeuvre. Incontournablement, elle fait poser questions. Nest-ce pas le lieu de la vie et de la création ? Faire sens pas par le discours bien entendu, mais par une fiction. Le travail silencieux de Gérald Martinand - celui de loeuvre incluant celui du regard, de la lecture, de lécoute, de la discussion intime et non de la tribune ou mondaine - inclut la réflexion de notre monde comme il devrait appartenir à chacun de nous. Lutilisation dun matériau moderne nest pas une fin en soi. Dailleurs la fin de notre siècle permettrait avec ses techniques une " finition " à ces matériaux, un laqué et un brillant séduisant. Gérald Martinand, lui, les laisse soxyder, prendre alors un aspect pauvre, déchet, déchiqueté et blessant. Résistance, lutte et combat individuel, solitaire, mais qui se reconnaît quand les masques sont jetés-les bruyants-, la pensée laisse blessé dans ce quelle a dutopique, bien que scientifique: lorsquon sait que nous ne savons pas tout ce que nous savons. Lessor de la sculpture, son tranchant, sont pour pénétrer corps et inconscient et faire tomber ces " pans de connaissance " en nous depuis notre naissance, depuis des millénaires et qui, enfouis ou découverts, font ce que nous sommes et deviendrons. Alors il semble quil se " dessine " aujourdhui, et dans loeuvre de Gérald Martinand, ce noyau dur, recentré, où le futur - cette contemporanéité - fait jour, lieu des poètes et des artistes. Lutopie serait aussi que lArt nous traverserait chacun quotidiennement, et non dans les galeries et les musées seulement. Nous aurions chacun pour amis avec qui discuter et jouer des " Martinand travaillant à leurs oeuvres, sans cesse bouleversés, questionnés ". Ce serait fatigant mais comme dit Paul Eluard.: "Nous navons quune vie, il faut donc quelle soit parfaite ".Essentiellement, Gérald Martinand, dans cela, ninventant pas mais découvrant, comme cela est, va permettre le désir et nous ouvrir au plaisir. La désespérance, cest que cela même soit si difficile à mettre en tête malgré cette évidence, cette vérité. Mais quel bonheur, quels moments de " pur bonheur " permettent de tels hommes ! La pensée, donc, et non la recherche de la forme pour la forme. Lécriture de Gérald Martinand, ses graffitis de couleur, nest - elle pas actuelle ? Cette écriture dans la rue, seul support du dire de tant dhommes qui nont pas la voix des médias divers. Ce besoin de la sensualité, de la couleur, de la chaleur, sur les détritus et les déchets industriels et du progrès plein de ses contradictions : il ny a pas de repos pour lhomme qui se met à penser, mais les moments de bonheur ont encore plus de force, ces moments despoir qui sélèvent dans la cité. Les crises durant, la pensée se resserre et bientôt fait éclater les carcans et les aliénations. Loeuvre alors a sa dualité entre des pièces minimales où le trop, les franges et les réserves nexistent plus, et la parole intime ou criée à moments de douceur et tendresse et à ceux où lon désire quelle dépasse la bouche. Jean DE BREYNE. Février 1985 Né en 1943. Vit dans le sud-est de la France. Poète, critique dart, photographe. Fondateur, président et co-dirigeant de la Galerie 1Ollave à Lyon, en France, en 1974. Directeur de la publication et membre du Comité de rédaction de la revue dart Galerie lOllave, Préoccupations. Commissaire indépendant dexpositions. Un Fonds de la Bibliothèque Municipale de Lyon comporte toutes les archives Jean de Breyne concernant ses activités créatrices de 1974 à 1997.
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